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COMBIEN

On ouvre les comptes.

Il reste 3 centimes sur votre abonnement à 19,99 €

571 millions d'euros encaissés en France en 2024, 864 572 euros de résultat. Sur 100 € d'abonnements, il reste quinze centimes à l'entreprise. Voici ce que ce chiffre dit — et surtout ce qu'il ne dit pas.

Par Maxence Briodeau

BASIC-FIT FRANCE

Société par actions simplifiée, Wasquehal (59) — SIREN 798 233 011

Exercice 2024, comptes annuels déposés au greffe

Ligne du compte de résultat2024
Chiffre d'affaires571 862 336 €
Variation sur un an+13,3 %
Résultat net864 572 €
Marge nette0,15 %
Effectif2 783 salariés
Trésorerie au bilan18 250 000 €

Comptes sociaux de la filiale française. La société est détenue par un groupe coté aux Pays-Bas : ce tableau ne dit rien de la rentabilité du groupe.

Une salle pleine ne fait pas une entreprise rentable

En janvier, il faut attendre pour un tapis de course. Le prix est bas, les salles sont pleines, l'abonnement est prélevé qu'on vienne ou non : tout indique une machine à cash. Les comptes de la filiale française racontent une histoire plus étrange.

En 2024, elle a encaissé 571 862 336 € et dégagé 864 572 € de résultat. Ce n'est pas une perte, c'est presque rien : 0,15 % des ventes. Sur 100 € d'abonnements, il reste quinze centimes. Sur un abonnement mensuel à 19,99 €, environ trois centimes.

Les ventes progressent de 13,3 %. Le résultat recule de 92,6 %.

Vendre plus et gagner moins, c'est presque toujours la même histoire

D'après la variation publiée, le résultat de l'exercice précédent tournait autour de 11,7 millions d'euros — un calcul de notre part, pas une ligne lue dans les comptes. Autrement dit : l'entreprise a vendu davantage et gagné treize fois moins.

Quand ce ciseau apparaît, la cause est rarement le client. Elle est dans le coût de ce qu'on a construit pour l'accueillir.

Ce que vous payez vraiment quand vous payez 19,99 €

Une salle low cost n'est pas un service, c'est de l'immobilier et des machines. Un bail commercial, des travaux d'aménagement, des tapis et des racks amortis sur plusieurs années, de l'électricité, un personnel volontairement réduit. Tous ces coûts existent avant le premier adhérent, et ils ne baissent pas si la salle se vide.

Le modèle repose donc sur un pari de volume : assez d'abonnés par mètre carré pour couvrir des charges fixes très lourdes. Tant que le réseau s'agrandit, chaque nouvelle salle ajoute ses coûts tout de suite et ses abonnés progressivement. La croissance est payée d'avance.

Le piège de lecture : une filiale n'est pas un groupe

C'est ici que la plupart des commentaires se trompent, et c'est la leçon de cette édition. Nous lisons les comptes d'une société française détenue par un groupe coté à l'étranger. Le résultat d'une filiale dépend aussi de ce qu'elle verse à sa maison mère : redevances de marque, refacturations de services, loyers, intérêts sur les financements internes.

Un résultat français proche de zéro ne prouve donc ni que le groupe ne gagne pas d'argent, ni qu'il en gagne beaucoup ailleurs. Il dit une chose, et une seule : après avoir payé tout ce qu'elle doit payer, y compris à l'intérieur de son propre groupe, l'entité française ne conserve presque rien.

Est-ce inquiétant ?

Non. 18,25 millions d'euros de trésorerie au bilan, 2 783 salariés, des ventes en hausse : ce sont les comptes d'une entreprise solide dont la rentabilité française est absorbée par son expansion. Le jour où les ouvertures ralentissent, ce sont les mêmes lignes qu'il faudra relire — c'est à ce moment-là que le modèle se juge.

Ce qu'on ne sait pas encore

  • Le détail des amortissements et des loyers, qui expliquerait précisément où passe la marge. Il figure dans l'annexe des comptes, que nous demandons.
  • Le nombre d'adhérents en France : il n'apparaît pas dans ces comptes sociaux.
  • Le montant des flux avec la maison mère, qui pèsent directement sur le résultat français.
  • Une fusion-absorption a été enregistrée fin 2023 avec effet rétroactif au 1er janvier 2023. Le périmètre a donc bougé : la variation de −92,6 % doit se lire avec cette réserve.
  • Le résultat 2023, environ 11,7 M€, est reconstitué à partir de la variation publiée. Nous ne l'avons pas lu ligne à ligne.

Ce que ça change pour vous

  • Un prix bas n'est pas une marge. Il peut être le signe d'un modèle qui a besoin d'un très grand nombre de clients pour exister, pas d'une entreprise qui s'enrichit sur chacun d'eux.
  • Regardez toujours qui détient la société. Le résultat d'une filiale est une donnée de structure autant qu'une donnée de performance.
  • La taille n'est pas la rentabilité. Une entreprise peut encaisser un demi-milliard d'euros et terminer l'année avec le résultat d'une PME.

Sources : comptes annuels déposés de la société BASIC-FIT FRANCE (SIREN 798 233 011), exercice 2024, tels que rediffusés par les services de consultation du registre du commerce ; annonces légales pour l'opération de fusion-absorption de 2023. Le résultat 2023 et les ratios sont des calculs, signalés comme tels. Une erreur ? Signalez-la. L'entreprise citée dispose d'un droit de réponse publié intégralement.

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